Références

Criminalité et finance illicite

Un repérage des termes employés en Asie de l’Est et du Sud-Est : lesquels ont une valeur légale, et dans quelle juridiction ; lesquels sont seulement familiers ; lesquels ont été discrètement abandonnés par une autorité ; et comment celle-ci les désigne elle-même en anglais.

Réseau abstrait d’itinéraires et de nœuds sur un espace dépourvu de légendes ; quelques longs arcs relient des points éloignés, par-dessus les liaisons locales plus courtes
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Une entrée est rédigée, mais sa référence juridique n’a pas encore été confrontée au texte original. Elle porte la mention Brouillon ci-dessous et n’apparaît pas dans les résultats de recherche. Les entrées sont vérifiées et publiées individuellement.

Ce que présente cette rubrique, et ce qu’elle ne présente pas

Un analyste bancaire, un policier ou un agent public dispose déjà de documents de base plus riches que tout ce que cette publication pourrait produire : rapports d’évaluation mutuelle, avis des régulateurs, listes de sanctions, évaluations régionales des menaces. Cette rubrique ne cherche ni à les concurrencer ni à les répéter.

Il manque toutefois, en un seul endroit et en français, une correspondance entre les termes juridiques d’origine et leur sens réel. À la lecture d’un communiqué de la police japonaise, d’un acte d’accusation chinois ou d’une déclaration du parquet coréen, difficile de savoir quel mot a valeur légale, lequel appartient à l’argot, lequel a été abandonné par une administration il y a dix ans ou quelle traduction anglaise l’autorité concernée privilégie. C’est cette lacune que nous cherchons à combler.

La méthode retenue

Chaque entrée indique l’instrument juridique qui donne sa portée au terme : loi, ordonnance ou article. En effet, « terme de la police japonaise » ne permet aucune vérification, contrairement à « loi n° 77 de 1991 ». Lorsqu’une personne ou une organisation est nommée, c’est qu’un tribunal, une autorité de sanctions ou un dispositif de désignation prévu par la loi l’a préalablement identifiée ; l’acte est alors cité et daté. Une mise en accusation est présentée comme telle, une désignation aussi. Cette publication ne détermine pas qui est un criminel : elle consigne précisément qui a été désigné et par qui.

Ce qui est volontairement exclu

Par juridiction

Une même histoire vue depuis trois pays. Chacun est confronté à des fraudes intérieures désignées par un vocabulaire juridique propre, à la traite de ses ressortissants vers les mêmes complexes d’escroquerie et à des victimes escroquées depuis ces complexes par leurs compatriotes. Les trois gouvernements décrivent eux-mêmes cette situation.

Termes

  1. Abattage du « plateau étranger » 杀洋盘 / 殺洋盤 Opérations sinophones · Usage interne au groupe Jargon des auteurs désignant les fraudes à l’investissement fondées sur une relation de confiance et visant des victimes non chinoises, par analogie avec 杀猪盘. L’expression a depuis été reprise dans la presse judiciaire et les commentaires juridiques chinois. Une variante homophonique, 杀羊盘 (« abattage du mouton »), joue sur le même son. Consulter l’entrée ↗
  2. Aide à la criminalité informatique en réseau 帮信罪 / 幫信罪 Chine · Juridique Infraction utilisée contre les fournisseurs de l’infrastructure de la fraude : vendeurs de cartes SIM et bancaires, ainsi que prête-noms servant à transférer l’argent. Elle constitue le principal outil répressif de la campagne 断卡行动. Consulter l’entrée ↗
  3. Arrachage de rein 噶腰子 / 割腰子 Discours des internautes sinophones · Familier Crainte des prélèvements d’organes associée aux complexes d’escroquerie d’Asie du Sud-Est, l’une des idées les plus répandues à leur sujet dans les échanges chinois. L’expression fonctionne surtout en chinois comme un humour noir, une plaisanterie macabre sur les dangers des voyages à l’étranger. Elle est recensée ici parce que l’écart entre les craintes et les faits documentés est particulièrement important, et parce que sa traduction en anglais en renverse le registre. Consulter l’entrée ↗
  4. Bōryokudan 暴力団 Japon · Juridique Catégorie légale des groupes criminels organisés au Japon. La loi applicable définit ceux-ci comme des organisations susceptibles de faciliter la commission collective ou habituelle d’actes illégaux de violence par leurs membres. Ce terme figure dans la législation, les statistiques policières et les tribunaux. Il ne se confond pas avec le mot le mieux connu des lecteurs étrangers. Consulter l’entrée ↗
  5. Escroquerie sentimentale préparatoire à l’investissement 殺豬盤 / 杀猪盘 Réseaux criminels sinophones ; opérations dans toute l’Asie du Sud-Est · Usage interne au groupe Escroquerie relationnelle de longue durée où une relation de confiance est construite pendant des semaines ou des mois, avant d’amener la victime à effectuer un investissement frauduleux. Le terme chinois est celui des auteurs, qui décrivent la victime comme du bétail à engraisser. Des variantes existent avec d’autres animaux. Consulter l’entrée ↗
  6. Fraude financière par télécommunications 전기통신금융사기 / 보이스피싱 Corée du Sud · Juridique Le terme légal est 전기통신금융사기 (« fraude financière par télécommunications »), défini dans la loi spéciale relative à la prévention et au remboursement des victimes, dont l’autorité compétente est la Commission des services financiers. 보이스피싱 est le terme public et médiatique, employé même dans les campagnes officielles de sensibilisation ; il englobe désormais les messages, les SMS et les outils d’accès à distance, bien au-delà de la voix. Consulter l’entrée ↗
  7. Fraude par télécommunications et Internet 电信网络诈骗 / 电诈 Chine · Juridique L’article 2 de la loi chinoise contre la fraude par télécommunications et sur Internet définit 电信网络诈骗 comme le recours à des moyens de télécommunication ou de réseau, à distance et sans contact direct, pour s’approprier frauduleusement des biens. La loi de 2022 encadre la prévention, la conformité et les sanctions administratives ; l’article 38 renvoie les affaires pénales au droit pénal existant. Des poursuites pour fraude peuvent être engagées au titre de l’article 266 du Code pénal. Cette catégorie diffère de 特殊詐欺, classification de l’Agence nationale de la police au Japon, et de 전기통신금융사기, terme légal sud-coréen. Consulter l’entrée ↗
  8. Furikome sagi 振り込め詐欺 Japon · Catégorie administrative Remplacé Ancienne catégorie générale de l’Agence nationale de la police, adoptée en décembre 2004. Elle englobait les appels d’usurpation d’identité « ore-ore » (« c’est moi ») et les fraudes connexes aux frais, remboursements et garanties de prêt. Elle a été remplacée par 特殊詐欺 comme catégorie générale à partir de 2012, lorsque les méthodes ont cessé de dépendre des virements bancaires, mais a subsisté plusieurs années comme sous-catégorie distincte. Consulter l’entrée ↗
  9. Hangure 半グレ Japon · Familier Remplacé Terme familier et médiatique pour des groupes dont les activités ressemblent à celles de la criminalité organisée, mais sans la structure, les rites ni la désignation des bōryokudan et, surtout, sans les conséquences légales de cette désignation. L’Agence nationale de la police utilisait 準暴力団 (« quasi-bōryokudan »), adopté en 2013 ; les deux appellations ont depuis cédé la place à la catégorie tokuryū. Consulter l’entrée ↗
  10. Jopok 조직폭력배 / 조폭 Corée du Sud · Catégorie administrative Terme courant de la police et de la presse pour les groupes criminels organisés sud-coréens, fréquemment abrégé 조폭. Ce n’est pas un terme légal : aucune loi ne le définit. Les poursuites reposent sur l’article du Code pénal relatif aux organisations criminelles et sur les dispositions aggravées de la loi sur la répression des actes de violence organisée. Consulter l’entrée ↗
  11. Nord du Myanmar 缅北 / 緬北 Discours sinophone · Familier En chinois, ce n’est pas principalement une désignation géographique. Le terme évoque l’absence de droit et les disparitions, avec une charge que « nord du Myanmar » ne transmet pas en français. Il en est venu à englober des lieux situés ailleurs : Myawaddy, le site le plus associé aux complexes, se trouve dans l’État Karen, au sud-est, face à Mae Sot de l’autre côté de la frontière thaïlandaise, mais reste rangé sous 缅北. Consulter l’entrée ↗
  12. Opération « couper les cartes » 断卡行动 / 斷卡行動 Chine · Catégorie administrative Campagne nationale contre la fourniture des deux éléments indispensables à toute opération frauduleuse : les numéros de téléphone et les comptes bancaires. Lancée le 10 octobre 2020 sous l’égide de la conférence interministérielle conjointe du Conseil des affaires d’État sur la criminalité par télécommunications et Internet. Consulter l’entrée ↗
  13. Organisation à caractère de groupement criminel 黑社会性质组织 Chine (République populaire) · Juridique Brouillon Catégorie légale chinoise de criminalité organisée. Quatre critères cumulatifs sont requis : une organisation stable aux dirigeants identifiables ; des ressources économiques obtenues illégalement et utilisées pour soutenir le groupe ; des violences ou intimidations organisées et répétées ; et, élément distinctif, un contrôle illégal ou une influence substantielle sur une zone géographique ou un secteur, souvent favorisés par une protection officielle. Consulter l’entrée ↗
  14. Parc (complexe d’escroquerie) 园区 / 園區 Chine ; opérations au Myanmar, au Cambodge et au Laos · Usage interne au groupe Terme chinois désignant les centres d’escroquerie d’Asie du Sud-Est. Ce mot est normalement employé par l’administration pour les zones de développement, et il a d’abord servi à la communication des opérateurs eux-mêmes. Un avis conjoint de 2024 de la Cour populaire suprême, du Parquet populaire suprême et du ministère de la Sécurité publique décrit des organisations criminelles opérant à l’étranger sous couvert de parcs industriels et de zones de développement, alors qu’elles se livrent en réalité à la fraude. Consulter l’entrée ↗
  15. Porcelets 猪仔 / 豬仔 Discours sinophone ; opérations dans toute l’Asie du Sud-Est · Usage interne au groupe Travailleurs victimes de traite dans les complexes. Le même mot et la même construction verbale 卖猪仔 étaient employés au XIXe siècle pour les travailleurs chinois sous contrat d’engagement dans le commerce des coolies. Ils s’accompagnaient d’un vocabulaire complet : 猪仔馆 pour les baraquements de détention, 猪仔船 pour les navires et 猪仔纸 pour les contrats d’engagement. Consulter l’entrée ↗
  16. Rabatteur « chien » 狗推 Opérations sinophones en Asie du Sud-Est · Usage interne au groupe Terme utilisé par les opérateurs eux-mêmes pour le travailleur de première ligne qui approche les victimes sur les applications de rencontre et les réseaux sociaux : le niveau commercial. Au-dessus figurent les 狗庄, responsables de branche, puis les 主管 ou 组长, superviseurs ou chefs d’équipe. Consulter l’entrée ↗
  17. Réseaux bancaires clandestins 地下錢莊 / 地下钱庄 Chine et réseaux sinophones à l’international · Familier Réseau informel de transfert de valeur fonctionnant hors du système bancaire agréé, qui compense des obligations entre pays sans faire passer l’argent d’une frontière à l’autre. Ce n’est nulle part une catégorie légale, mais une appellation utilisée par les enquêteurs et les analystes. Ses façades sont des entreprises ordinaires : bureaux de change, prêteurs sur gages, bijouteries et sociétés commerciales. Consulter l’entrée ↗
  18. Shitei bōryokudan 指定暴力団 Japon · Désignation Désignation formelle d’un groupe nommément identifié par une commission préfectorale de sécurité publique, en application de la Bōtaihō. Elle n’interdit pas le groupe ni ne pénalise l’appartenance à celui-ci. Elle permet des mesures administratives à son encontre : injonctions de cesser certaines activités, exclusion de contrats et de locaux, et dispositions engageant la responsabilité des dirigeants. La désignation est valable trois ans ; la loi ne prévoit aucun mécanisme de renouvellement, de sorte qu’à l’expiration la commission procède à une nouvelle désignation. Consulter l’entrée ↗
  19. Société de triade 三合會 Hong Kong · Juridique Catégorie juridique à Hong Kong, définie de manière plus singulière qu’on ne pourrait le penser. Aux termes de la Societies Ordinance, une société est réputée être une triade si elle utilise des rites de triade ou adopte ou utilise un nom ou une terminologie de triade. La définition repose sur les rites et les appellations, non sur l’activité criminelle organisée, héritage de la répression coloniale de la Société du Ciel et de la Terre. Se déclarer ou se prétendre membre constitue en soi une infraction, même sans preuve d’adhésion réelle. Consulter l’entrée ↗
  20. Tokuryū 匿名・流動型犯罪グループ / トクリュウ Japon · Catégorie administrative Catégorie de l’Agence nationale de la police désignant des groupes qui se constituent sur les réseaux sociaux pour commettre une infraction précise, puis se dispersent. Deux caractéristiques les définissent : l’anonymat des organisateurs et la rotation d’exécutants interchangeables. Il ne s’agit pas de bandes à effectif stable, mais d’un mode de recrutement. Cette catégorie englobe l’ancienne 準暴力団 et a supplanté 半グレ dans la terminologie des politiques publiques japonaises. Consulter l’entrée ↗
  21. Tokushu sagi 特殊詐欺 Japon · Catégorie administrative Catégorie générale de l’Agence nationale de la police couvrant les escroqueries commises sans rencontrer la victime : celle-ci est amenée, à distance, à transférer des fonds ou à remettre des espèces ou des cartes. C’est sous cette rubrique que les statistiques japonaises de fraude sont effectivement établies. Consulter l’entrée ↗
  22. Transaction miroir 對敲 / 对敲 Chine et réseaux sinophones à l’international · Usage interne au groupe Mécanisme de compensation à la base de la plupart des réseaux bancaires clandestins chinois. L’argent circule à l’intérieur de chaque juridiction sans franchir la frontière qui les sépare : un payeur remet des fonds dans un pays, un correspondant verse l’équivalent dans un autre, puis les deux opérations sont rapprochées. Les opérateurs désignent le but comme 兩地平衡, « équilibre entre deux lieux ». Consulter l’entrée ↗
  23. Yakuza やくざ / ヤクザ Japon · Familier Mot courant et international désignant la criminalité organisée japonaise. Il n’a aucune valeur juridique : aucune loi ne le définit, aucune désignation ne s’y rattache et aucune statistique policière n’est établie sous cette appellation. Utile dans les écrits culturels et historiques, il est inadapté à tout emploi opérationnel. Consulter l’entrée ↗